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Cet ouvrage présente un recueil de 183 prières catholiques issues d’un manuscrit français relié en cuir datant du début du XIXe siècle. Le texte est écrit sur du papier vergé portant le filigrane de D & C Blauw, un fabricant néerlandais de papier de haute qualité fondé au XVIIe siècle. L’auteur est inconnu, mais il s’agit d’une femme, car de nombreuses prières sont écrites du point de vue d’une femme. Bien qu’aucune de ces prières ne la concerne directement, le livre est dédié à Madame Élisabeth de France, célèbre pour sa piété et sœur de Louis XVI. Elle fut guillotinée en 1794.
Le texte, écrit d’une belle écriture, peut être daté de manière approximative grâce à l’utilisation d’une orthographe française ancienne pour des mots tels que « moy » pour « moi », et à des formes de lettres éclectiques dans lesquelles un « r » ressemble à un « v » (cœur) et un « n » à un « u » (chanter), comme on le voit dans le texte souligné de l’image ci-dessus.
Dans le manuscrit, les prières ne sont pas présentées par thème mais par ordre numérique :
Prières à la Sainte Vierge et à d’autres,
Intercédez pour moi, Mère de mon Dieu, Reine et Maîtresse de l’univers, je me jette à vos genoux ; ô Mère de miséricorde, et vous conjure d’obtenir de Dieu qu’je sois un tout du nombre des bienheureux et qu’je règne à jamais avec lui dans le Ciel. (Prière 19, « Prière à la Sainte Vierge (iii) », page 15)
Pour la foi,
Ô Dieu, qui êtes l’auteur de tout bien, augmentez ma foi, faites qu’elle soit toujours pure, catholique, orthodoxe, éclairée, fervente et inébranlable, qu’elle ne soit point vaincue par les difficultés et par les obstacles qui m’arrêtent dans la voie du salut. (Prière 31, « Prière pour demander l’augmentation de la foi. », page 24)
En guise d’éloge,
Quelles grâces ne dois-je pas vous rendre, ô mon Dieu, pour tous les biens que j’ai reçus de vous ! Mon âme doit vous glorifier éternellement, parce que vous êtes son Dieu et son Sauveur. (Prière 33, « Acte d’adoration, d’amour et d’action de grâces. », page 25)
Par la grâce de Dieu,
Ô Père des lumières ! ô source divine de toutes ces grâces excellentes qui nous sanctifient, de ces dons parfaits qui nous rendent en quelque sorte semblables à vous ! Daignez me faire part de vos dons et de vos grâces. (Prière 82, « Implorer le secours de la grâce qui nous sanctifie. », page 60)
Par la miséricorde de Dieu,
Sauveur des âmes qui m’avez rachetée de votre sang, souffrirez-vous que je périsse ; ne m’abandonnez pas, et faites-moi miséricorde. Madeleine et Thaïs étaient des pécheurs comme moi, et vous les avez sauvées. (Prière 159, « Demander à Jésus-Christ l’application des mérites de sa mort. », page 107)
Le sang et le sacrifice de Jésus,
Je vous adore, ô divin Sauveur, je vous reconnais pour mon Libérateur et pour mon Dieu : ne permettez pas que le sang que vous avez versé pour moi se tourne contre moi : ne permettez pas qu’il serve à ma condamnation et à ma ruine. (Prière 13, « Acte d’adoration. », page 12).
L’auteure est profondément consciente de sa nature pécheresse, et dans de nombreuses prières, elle implore Dieu :
Hélas, Seigneur, que mon cœur est froid et indifférent pour vous ; qu’il est vil et ardent pour les biens sensibles, qu’il est vide de grâce, qu’il est rempli d’amour propre ; qu’il est faible, qu’il est délicat et sensible ; donnez-moi, Seigneur, un cœur pur, un cœur nouveau, un cœur qui ne soupire qu’après les biens célestes, un cœur enfin qui n’aime rien préférablement à vous. (Prière 120, « Sentiments d’humilité. », page 83).
Elle reconnaît également qu’elle doit accepter le caractère purificateur de la souffrance :
Que ne puis-je, ô mon Dieu, regarder les souffrances et les afflictions que vous m’envoyez comme une grâce, je dois vous en remercier, et vous conjurer d’y ajouter celle de les recevoir avec toutes les dispositions qui peuvent les rendre utiles pour mon salut. (Prière 7, « Acte par lequel on reconnaît que les souffrances sont un don de Dieu. », page 8).
Et enfin, dans se préparer à la mort :
Recevez, Seigneur, cette âme que vous avez créée. Recevez-la dans vos divines mains d’où elle est sortie, dans ces mains propices qui sont toujours guidées par la miséricorde, et qui ne se livrent qu’à regret aux rigueurs de la justice. (Prière 69, « Acte de confiance que doivent inspirer les mérites de Jésus-Christ pour se préparer à la mort. », page 51).
Dans bon nombre de ces prières, l’auteur fait preuve d’une conscience profonde et éclairante de la tension qui existe entre le désir du cœur humain de se rapprocher de Dieu et les multiples façons.
L’auteur dédie ce recueil de prières à Madame Élisabeth de France (1764–1794), seule fille survivante de Louis, dauphin de France, et sœur du roi Louis XVI. Elle était très proche de son frère et de son épouse, Marie-Antoinette. Catholique fervente dès son plus jeune âge, elle a mené une jeunesse idyllique à Montreuil, près du roi à Versailles. Bien qu’elle eût pu s’exiler au début de la Révolution française, elle a choisi de partager les épreuves de la famille royale. À la fin de l’année 1792, la famille fut transférée à la Tour du Temple, une prison où elle fut étroitement surveillée. Le roi et la reine furent exécutés l’année suivante, et leur fils, le Dauphin, mourut en 1795 des suites d’une maladie. Leur fille, Marie-Thérèse, survécut à la Révolution et mourut en 1851.
Voici deux prières, dont l’une était récitée quotidiennement par Mme Élisabeth à la prison du Temple :
« Que m’arrivera-t-il aujourd’hui, ô mon Dieu, je l’ignore. Tout ce que je sais, c’est qu’il ne m’arrivera rien que Vous ne l’ayez prévu de toute éternité. Cela me suffit, ô mon Dieu, pour être tranquille. J’adore Vos desseins éternels, je m’y soumets de tout mon cœur. Je veux tout, j’accepte tout, je Vous fais le sacrifice de tout ; j’unis ce sacrifice à celui de Votre cher Fils, mon Sauveur. Vous demandant, par son Sacré-Cœur et Ses mérites infinis, la patience dans mes maux et la parfaite soumission qui Vous est due pour tout ce que Vous voudrez et permettrez. Ainsi-soit-il. »[1]
Et l’autre, « Une prière au Sacré-Cœur de Jésus », que lui avait donnée Louise-Marie de Raigecourt, sa dame d’honneur.
« Cœur adorable de Jésus, sanctuaire de cet amour qui a porté un Dieu à se faire homme, à sacrifier sa vie pour notre salut et à faire de son corps la nourriture de nos âmes, en reconnaissance de cette charité infinie, je vous donne mon cœur et avec lui tout ce que je possède au monde, tout ce que je suis, tout ce que je ferai, tout ce que je souffrirai. Mais enfin, mon Dieu, que ce cœur, je vous en supplie, ne soit plus indigne de vous ; rendez-le semblable à vous-même, entourez-le de vos épines pour en fermer l’entrée à toutes les affections déréglées ; établissez-y votre croix ; qu’il en sente le prix, qu’il en prenne le goût ; embrasez-le de vos divines flammes. Qu’il se consume pour votre gloire, qu’il soit à vous après que vous avez voulu être tout à lui. Vous êtes sa consolation dans ses peines, le remède à ses maux, sa force et son refuge dans les tentations, son espérance pendant la vie, son asile à la mort. Je vous demande, ô cœur tant aimable, cette grâce pour mes associés. Ainsi soit-il. »[2]
[1] « On a longtemps supposé que cette prière, connue sous le nom de « prière de Mme Élisabeth », avait été composée par elle, mais on a trouvé dans un manuscrit ayant appartenu à la duchesse de La Rochefoucauld une copie portant l’inscription suivante : « Prière composée par l’évêque de Beauvais, et que Mme Élisabeth, sœur de Louis XVI, récitait chaque jour. » On peut donc en conclure qu’elle a peut-être été initialement donnée à la princesse par son auteur. » Maxwell-Scott, H. M. (1908). Madame Elizabeth de France 1764-1794. Londres : Edward Arnold, p. 151-152.
[2] “Prière au Sacré Cœur de Jésus.” Ferrand, Antoine (1861). Éloge Historique De Madame Élisabeth De France Suivi De Plusieurs Lettres De Cette Princesse. Paris: Librairie D’Adrien Le Clere Et Cie Imprimeurs De N. S. P. Le Pape Et De L’archevêché De Paris., 260.